André Mastor
Albiana : Après "REBELLES" vous publiez un nouveau roman historique "LA NUIT DE SAINTE-HELENE". Ce caractère historique vous permet-il de concilier une double vocation d’écrivain et d’historien ?
André Mastor : Je profite de votre question pour effectuer une mise au point nécessaire à mes yeux. Je ne me considère pas comme un écrivain. Ce mot révèle en lui-même un statut que je n’ai pas. Je suis un auteur (genre romancier) qui essaie d’écrire de bonnes histoires avec un début, un milieu et une fin et je bâtis mon intrigue en pensant aux lecteurs. Je n’ai qu’un seul souci : qu’ils passent un moment agréable en me lisant. Je ne suis également pas un historien qui travaille avec des règles dont la première est la pièce écrite. Je laisse libre cours à mon imaginaire et suis parfois très surpris par les divers enchaînements de mon récit et par l’évolution de mes propres personnages. Ils possèdent une vie propre qui semble souvent ne plus m’appartenir. Ceci dit, je suis volontiers rigoureux pour la chronologie, la description de certaines situations historiques et l’analyse des faits.
Albiana : Comment expliquer la survivance du personnage historique Napoléon aujourd’hui ?
André Mastor : Elle existe c’est indéniable. La preuve : plus de quatre cent mille livres ont été écrits sur lui. J’ajouterai également qu’elle est universelle : tout le monde connaît Napoléon. Je terminerai en citant de mémoire des propos de Jean Tulard, le spécialiste national de Napoléon, qui tendent à expliquer ce phénomène unique : « Napoléon a été ainsi préservé parce que dans leurs discours ou écrits, ni Hitler, ni Staline n’ont fait référence à lui ».
Albiana : Comment avez-vous travaillé-vous pour vos sources ?
André Mastor : Tout a commencé avec la relecture des mémoires de Chateaubriand. A propos de la captivité à Sainte-Hélène, il a écrit cette fameuse phrase qu’une personne qui cohabite avec un imaginaire ne doit pas lire : « des projets d’enlèvement se formèrent… ». J’ai compris immédiatement que je tenais là une histoire et ai réuni la documentation la plus large possible. Comme des livres concernant une évasion n’existaient pas et pour cause parce qu’elle n’a pas eu lieu, je me suis tourné alors vers des institutions comme la fondation Napoléon ou la bibliothèque Marmottan qui m’ont adressé des photocopies de thèses ou d’articles sur le sujet. Mon bonheur fut total lorsque je reçus la brochure de François Beaucour intitulé Les projets de délivrance de Napoléon de Sainte-Hélène. La fiction que je me proposais d’écrire n’était pas dés lors dénuée de fondement.
Albiana : La part fictionnelle est importante ? Par exemple dans "LA NUIT DE SAINTE-HELENE", les personnages ont-ils tous existés ou non ?
André Mastor : Le fil conducteur de ce roman est le personnage créé pour l’occasion du colonel Horace Franceschini (nom de jeune fille de mon épouse Marie-Luce). Tous les membres de l’équipée (le mot commando n’existait pas à l’époque) sont imaginaires. Par contre Lafitte et ses pirates ont bel et bien existé avec les généraux Lallemand et Rigau. Côté anglais, le gouverneur Hudson Lowe et le colonel Reade ont été sur l’île à la même époque que Napoléon. Lowe était son geôlier. Enfin pour les personnages les plus importants, le commissaire américain Graham a bien dirigé le bureau général des terres. Sam Steed est une invention.
Ah, j’oubliais un détail important. L’épagneul Tom que recueille Lucy en Angleterre, c’est mon brave vétéran de chien Tommy. Quatre campagnes menées pourtant adroitement (c’était pour jouer, bien entendu) contre les chats, mais eux, n’étaient pas censés le savoir.
Albiana : On parle de très nombreux projets de libération de Napoléon de ses lieux de captivité. Certains appartiennent à la légende mais celui que vous nous relatez avec talent et... suspens dans "LA NUIT DE SAINTE-HELENE" est avéré n’est-ce pas ?
André Mastor : Il y a eu indéniablement concertation et un regroupement d’environ trois cents exilés bonapartistes dans un endroit du Texas qu’ils ont baptisé « champ d’asile ». Mais seule une poignée d’entre eux était au courant de ce projet secret. Les diverses autorités de l’époque s’en sont inquiété et c’est une des péripéties de ce roman.
Albiana : L’argent, vingt millions « c’est une chose que l’on sait entre Corses et initiés... » (page 36) qu’aurait touché Joseph frère de l’Empereur est-il par exemple une réalité ?
André Mastor : Des historiens (Bertin et Brice par exemple) l’ont écrit et la légende a pris la relève.
Albiana : Le héros principal Franceschini est très attaché à l’Empereur. Est-ce par qu’ils ont en commun d’être corses ou plutôt un attachement d’hommes de bataille ?
André Mastor : Les deux sans aucun doute. J’ajouterai que Franceschini est le portrait moderne de ce que l’on peut appeler maintenant des « soldats perdus ».
Albiana : Des projets pour l’avenir?
André Mastor : Je vis actuellement avec Napoléon III, un fabuleux aventurier… qui servira de cadre à mon prochain roman historique. A moins que sur la ligne, un autre projet surgisse. Dans ce cas, le roman historique serait simplement décalé.
Le livre "La nuit de Sainte-Hélène
La page Auteur d'André Mastor
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