Nous éditons et distribuons de la musique corse ainsi que des ouvrages sur cette musique (chants, polyphonie, musique instrumentale, etc.)
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"Ce n'est qu'après quelques tentatives et tâtonnements, que nous réussîmes à créer les harmoniques qui donnent au chant polyphonique toute son ampleur et développent cette vibration magique dont le pouvoir génère l'émotion, sublime les êtres, et comme le précisait Babbò, crée cette osmose chez les hommes, images de l'union de la terre et du ciel.
Et tard dans la nuit, ce soir-là, nos voix s'élevèrent dans une communion de joie. Lorsqu'il s'avéra qu'il était vraiment trop tard, Babbò dit à Zarafinu : "Tu vois, o Zafari, ce chant pluriséculaire est le reflet de notre âme, l'emblème de notre identité. Nos vieux nous l'ont laissé et nous serions criminels de le laisser mourir. Mais mon coeur éprouve une joie intense en voyant que mon petit-fils assurera la rélève, continuera le chant. Oui, cela m'est une grande joie."
(extrait de Babbò... ou l'enfant retrouvé de Guy Benigni)
"Madrigalesca est l'histoire d'une harmonieuse rencontre, le fuit d'une longue conversation qu'entretiennent depuis plusieurs années des chanteuses et instumentistes aux parcours divers...
Elles pratiquent le croisement de ces mémoires et en offrent une interprétation originale basée sur la relation entre le chant traditionnel corse et la praxis baroque...
En s'y penchant il nous apparaîtrait alors que la voix de basse - u bassu - de la polyphonie traditionnelle fonctionne comme les basses de la Renaissance (Follia ou Romanesca) qui servaient encore jusqu'à la période baroque aussi bien d'argument de composition que de fondement harmonique pour l'improvisation poétique des ottave rime..."(Nicole Casalonga)
"Les chants sacrés de Corse sont nés d'une longue histoire. Et ceux de la montagne d'Aléria sont les fils d'un espace ancien dont les frontières et les points forts s'inscrivent dans une géographie sacrée aux compositions multiples. Entre plaine, côteaux et hauts sommets des montagnes de la Castagniccia méridionale, les communautés chrétiennes des villages d'aujourd'hui sont situées dans un territoire dont la toponymie rappelle qu'il est celui qui a donné son nom à tout l'île, et de la Bocca di i Corsi, au fleuve Cursigliese s'étend un terroir très tôt connu, très tôt traversé, très tôt organisé. La foi chrétiennes des pieve de Serra, Matra et Opino, est une foi ancienne traversée par divers courants culturels qui ont accompagné au fil des temps les grands moments de l'histoire de l'Eglise." (Olivier Jehasse)
le chant traditionnel corse (par Jean Michel Gianelli)
Même orchestrés de façon classique et interprétés par un ensemble classique, ces chants restent avant tout populaires et de tradition orale.
Nombreux sont les compositeurs qui ont défendu la musique populaire sans pour autant servir sa cause. Leur travail de création se bornait à harmoniser ou orchestrer des mélodies populaires, parfois à les transformer et les adapter au style classique. Il est bien difficile à l'écoute de ces oeuvres de dire l'origine de ces chants. Cette perte de l'identité sonore découle autant de l'abandon de la spécificité du langage que des techniques vocales traditionnelles. L'ensemble des possibilités d'émission vocales du son fait partie de la pratique quotidienne de la langue parlée et détermine la particularité de la façon populaire de chanter. Coupé des techniques vocales traditionnelles qui le font vivre, un chant populaire perd son âme, son sens d'intimité collective. La prononciation de la langue vivante ne peut se faire que par une technique autre que celle qui nous vient du Bel Canto. Dès lors, la mise en oeuvre du "savoir faire" vocal issu de la tradition corse, par exemple les nombreux mélismes (rivucate) ou même les légères modulations mélodiques ou rythmiques, apporte l'ouverture du chant et fait accéder son caractère populaire au niveau des chefs-d'oeuvre de la littérature musicale classique.
La polyphonie est composée de trois voix : a seconda qui conduit le chant principal et s'étage sur cinq degrés en général, u bassu s'étageant sur dix degrés et qui mentionne les notes mères en sou-tendant a siconda et, au dessus, a terza, d'amplitude encore plus réduite et qui vient coller au chant principal. De leur rencontre jaillissent des gerbes d'harmoniques nées du mélange des voix et pourtant non émises par les chanteurs. Les savoirs de la polyphonie se transmettent par la tradition orale : dans une trame prescriptive relativement contraignante, chaque chanteur peut apporter sa marque propre, car une marge d'improvisation est laissée à toutes les voix : la façon de les lancer et de les porter, née du moment ou de l'état d'âme du chanteur, la qualité, la soudaineté des attaques, la rugosité du chant, le choix des timbres, l'écoute de l'autre, l'accord parfait, la diversité des rythmes, l'écho des paroles par de savants décélages. Ainsi, de toutes ces contraintes naissent des libertés, des aspérités, une dramartugie, une dynamique enfin, qui donnent à nos chants polyphoniques un souffle puissant d'identité qui nous élève. (Nando Acquaviva) |