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1815, Napoléon vaincu quitte définitivement le vieux continent pour son exil à Sainte-Hélène. Malgré la débâcle, nombreux sont ses partisans à désirer le sortir des griffes des Anglais. Mais Longwood est loin et l'aventure risquée. Un projet fou germe dans l'esprit de quelques exilés bonapartistes installés aux États-Unis, mais il est bientôt éventé. Les autorités américaines, anglaises et françaises sont en effet sur le qui-vive et, désormais, tous les coups sont permis… Car Napoléon vivant, Napoléon libre, s'il est le rêve de certains, reste le pire cauchemar des autres…
Le roman supplée dans ces pages, avec une rare vraisemblance, l'histoire méconnue mais véridique de ces hommes idéalistes, fidèles parmi les fidèles de l'Empereur, qui espérant jusqu'au bout, en hommes d'action, faillirent réussir leur folle entreprise. Et que vienne du fin fond de l'Atlantique l'annonce de l'Aigle enfin libéré.
Avant-propos
La nouvelle de la mort de Napoléon 1er, prisonnier dans l'île de Sainte-Hélène, parvint en juillet 1821 dans la plupart des grandes villes d'Amérique, où des exilés français complotaient depuis des années pour arracher l'Empereur à ses geôliers.
De tous les projets d'évasion répertoriés, des plus farfelus aux plus audacieux, l'un au moins connut un début d'exécution. C'est celui du Champ d'Asile au Texas. Les récits de certains des protagonistes le prouvent.
Que s'est-il passé ensuite ? Nul ne le sait ! Le mystère et l'incertitude demeurent, mais le prisonneir isolé sur son rocher n'a pas ignoré cette tentative. Preuve en est que, dans son testament et ses codiciles, il a légué de fortes sommes d'argent à deux des acteurs de cette tentative.
L'univers romanesque, seul, permet de redonner vie et force à ces hommes hors du commun, pour une nouvelle aventure.
Lire une interview d'André Mastor à propos de ce livre
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Prologue
Les revenants de la garde se ressemblaient tous, visage farouche balafré de coups d'épée et barbe glacée. Le froid qui les pénétrait depuis des heures leur rappelait celui de la retraite de Russie, et la Seine, pour ne pas être en reste, s'était figée par endroits. Ils avaient refusé l'offre d'hébergement de la population de Paris et veillé toute la nuit, enveloppés dans leurs manteaux râpés. Ils s'étaient encore une fois raconté les mêmes histoires de guerre faisant rouler leur chique d'une joue à l'autre. L'aube les avait saisis à battre la semelle sur un sol nappé de givre autour de feux qu'attisait un vent tournoyant comme un chien affamé.
L'événement les dépassait, les écrassait parce qu'il leur faisait revivre l'épopée fabuleuse où l'héroïsme avait consumé leur jeunesse. Ils cessèrent leurs allées et venues en petits groupes et se fondirent en un seul rang de chaque côté de l'avenue. Ces va-nu-pieds de la gloire aux silhouettes massives se pressaient épaule contre épaule et on ne remarquait plus dans ce cortège d'ombres, pour qui survivre avait été le fruit du hasard, que le ruban rouge de la légion d'honneur fleurissant la boutonnière de leur col.
- Molitor, lança une voix déchirant le silence.
- Molitor... Molitor, murmurèrent les autres voix.
Molitor avançait d'un pas hésitant, portant sur ses épaules le poids d'une trentaine de campagnes. De nouveau une onde secoua ces soldats au coeur simple :
- Voilà Oudinot... Bertrand... Bertrand.
Les deux maréchaux, l'uniforme rutilant et le bicorne empanaché, marchaient côte à côte, appuyés sur des cannes.
La foule innombrable qui envahissait l'esplanade des Invalides contemplait les seize chevaux pommelés aux larges nasaux tirant sur le char décoré de tentures brodées d'abeilles d'or. Le char s'arrêta devant une église désaffectée et restaurée pour la circonstance. Les coups de canon cessèrent de trouer l'air, les cloches de sonner à la volée et les tambours de battre quand éclata la marche funèbre. Victor Hugo, noyé dans la foule, composait déjà ses vers :
"Ciel glacé, soleil pur...
jour beau comme la gloire,
froid comme un tombeau !"
(...)
Page Auteur : André Mastor
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