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Disons que c’est un roman.
15 € 
Jean-Louis Paoli

Albiana 2002
14 x 22 cm - 175 pages
Réf. ISBN: 2-84698-021-7
 

Disons que c’est un roman. Pourtant nous dira-t-on, Je même cultive l’ambiguïté et le faux-semblant entre récit, essai critique et roman. Littérature à facettes imbriquées, en double escalier, tel un ADN enroulé sur lui-même, reproduisant à l’infini ses propres séquences faussement identiques, ce qui nous est donné à lire ici entre mémoires « vraies » et projection imaginaire est fascinant. Littérature et ratures de vie font ici ménage pour le meilleur, l’une entrant en résonance avec les autres, parce que c’est évident, la vie est un roman.

Un mauvais roman souvent quand il s'agit d'affronter un double récurrent, trop présent, immense par son talent, son aura, son destin... littéraire. Livre du souvenir et de l'oubli quand l'ami, le frère d'armes, s'est transformé en vampire médiatique quotidien et inacessible. Livre de la jalousie, pourquoi pas, de cette jalousie qui mine parce qu'elle ne peut trouver à s'exprimer face à la majesté de la figure enviée, cet écrivain bien réel que se trouve être J. M. G. Le Clézio. Livre aussi du retour sur soi et de la raison retrouvée, de l'apaisement et de l'humour serein face à la société du spectacle et ses absurdités, ses reniements, ses chausse-trappes.

Mai 68 est passé par là et il n'en reste rien, rien qu'une impression de rendz-vous manqués avec l'Histoire et avec la Société. Les idéaux, l'art, la littérature se sont fondus dans leur seule image, dans une clinquante apparence soutenue par le discours obscène de l'apologie et de la stratégie, bref du marketting.

Les personnages ? Un narrateur et ses doubles : un auteur en quête de Graal littéraire et un écrivain connu, mais aussi une époque qui n'a pas tenu ses promesses - sauf pour le sexe, sauf pour l'alcool...

Et le cadre ? Entre Nice et la Corse... mais, aussi bien, cela aurait pu être ailleurs.

A moins que justement ces regards faussés, la morgue et le dépit, l'envie, le cynisme et l'amour de soi bien à l'abri de l'amour des autres, ne soient finalement la marque au fer rouge que ces rives de soleil impriment sur les corps et les esprits : une Méditerranée intériorisée, brûlante, en noir et blanc, comme les pages d'un roman.

Disons que c'est un roman...

Extrait :

"En gros, l'humanité se partageait ainsi en deux catégories de malades. Ceux qui se croient en bonne santé et ceux qui ne désespèrent pas de guérir.

A sa troisième gorgée, Paul Hart reconnut enfin le goût du whisky et se demanda s'il ne constituait pas une exception, ou mieux, une anomalie. Celle d'un niais égaré dans la voie du snob. A l'âge de la Fac, toutes les conditions étaient réunies pour qu'il passe l'agrégation de philosophie et qui sait, qu'il ne devienne un bon beauf de la Fac ! Mais dans sa quatorzième année, il avait entendu des voix... Bonjour tristesse... Bonjour Sagan... Bonjour les dégâts ! Dans la lumière d'une fin d'après-midi d'été, sur le vieux ponton d'un port ensablé, il avait eu sa révélation : devenir écrivain ou rien ! L'énorme rasade qu'il but d'un trait le conforta dans l'idée qu'il avait été la victime innocente d'un complot planétaire contre son intégrité. Il mesurait, maintenant, la part de bêtise qui s'était joué dans ce moment. Avec la certitude cette fois que cela relevait plus du syndrome Bouvard et Pécuchet que du syndrome Jeanne d'Arc. Tout compte fait le week-end s'annonçait mal."

 
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