Une iconographie de plus de soixante reproductions (oeuvres et détails)
SOMMAIRE :
Préface
Introduction
Chronologie d'une découverte
La vie et l'oeuvre de Giuseppe Badaracco (1605 - 1657)
Catalogue des oeuvres conservées en Corse
L'influence de Giuseppe Badaracco sur l'école corse
Notice sur Giovani Raffaele Badaracco (1645 - 1717)
Bibliographie
PATRIMOINE DU CAP CORSE
Une série d'ouvrages monographiques dédiées au patrimoine du Cap Corse, pour mieux connaître l'art et l'histoire de cette micro-région ouverte sur l'île, l'Italie et sur le reste du monde. Riche et divers, le patrimoine capcorsin se place au confluant de multiples cultures.
le n° 2 : Les maisons "d'américains" |
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EXTRAIT DE LA PRESENTATION
La Corse a toujours entretenu une tradition de création picturale dynamique. La grande majorité des tableaux qui ornent les demeures et les églises insulaires ont été peints sur place. Ils ont été exécutés par des peintres locaux ou par des artistes issus d’horizons divers, principalement d’Italie (de Pise, Bologne, Gênes, Pavie, Naples, Messine, Milan, Florence, Lucques, Modène, Rome…). Ces derniers se sont intégrés à l’école corse en travaillant dans l’île pendant des périodes variables, allant de quelques mois à plusieurs décennies.
Depuis une dizaine d’années, la connaissance dans le domaine de l’histoire de l’art a beaucoup évoluée. La peinture en Corse est longtemps restée un sujet méconnu et sous-évalué, on la découvre aujourd’hui extrêmement riche et complexe. L’étude des différents fonds d’archives, des collections privées ou publiques, a permis de recenser plusieurs centaines de peintres, dont une quarantaine pour le seul XVIIe siècle. Durant l’époque baroque, l’école insulaire est des plus fécondes. Au cours de la période 1650-1660, douze peintres, pour le moins, sont attestés dans l’île : huit à Bastia, trois à Ajaccio, et un à Calvi.
Giuseppe Badaracco est un peintre génois qui acquit en son temps une bonne réputation. On le surnommait «Badaracco il sordo» à cause de la déficience auditive dont il était affecté. En Italie, son nom n’est jamais totalement tombé dans l’oubli. Son souvenir s’est perpétué grâce à une courte biographie du XVIIe siècle, rééditée au siècle suivant, ainsi qu’à des travaux récents de divers historiens de l’art.
Badaracco n’était pas considéré comme un étranger dans l’île, car jusqu’en 1769 la Corse était un territoire qui faisait partie intégrante de la Sérénissime République de Gênes. L’artiste et ses commanditaires corses appartenaient donc à la même nation, au même Etat, ils étaient sujets du même prince : le Doge de Gênes.
Jusqu’à présent, on n’a pas encore pu retrouver de documents d’archives prouvant formellement la présence physique du peintre en Corse. Toutefois, un faisceau de faits tangibles l’atteste :
1/ Ses onze toiles, retrouvées dans l’extrême nord de l’île, constituent un corpus trop important - dans une zone géographique trop restreinte - pour résulter du simple hasard. Il est difficile de croire à l’hypothèse d’une succession fortuite d’expéditions par voie maritime de tableaux commandés à Gênes par onze commanditaires différents, tous originaires de la même microrégion.
2/ Les œuvres du corpus corse s’inscrivent, pour la plupart, dans une même harmonie colorée. Les toiles utilisent les mêmes pigments et semblent issues d’une même «palette». On peut donc supposer que les tableaux ont été peints à quelques semaines d’intervalle, durant l’année 1642. C’est une inscription sur la toile de Morsiglia qui permet de préciser leur date d’exécution.
3/ Ces divers tableaux présentent entre eux de multiples similitudes. Certaines compositions s’inspirent les unes des autres et parfois se copient partiellement.
4/ Les toiles, géographiquement peu éloignées les unes des autres, jalonnent un circuit bien délimité (voir carte). Elles s'inscrivent dans une «tournée de travail» dont on peut suivre le cheminement autour de la chaîne montagneuse du Cap Corse. Le circuit part de Bastia, remonte le long de la côte Est (par Luri, puis Meria), tourne à l’extrémité du Cap (à Ersa), pour redescendre ensuite le long de la côte Ouest jusqu'à Patrimonio (en passant successivement par Morsiglia, Barrettali et Nonza). Arrivé à Patrimonio, Badaracco a pu regagner Gênes en s’embarquant à Saint-Florent, à moins qu’il n’ait franchi la montagne pour rejoindre le port de Bastia.
Au premier abord, un élément semble contredire ce scénario : le village d’Ersa conserve deux toiles du peintre, dont la plus petite porte la date de 1652. Ce décalage d’une dizaine d’année avec la date estimée du périple, peut s’expliquer par le fait que Badaracco était déjà connu dans ce village pour la réalisation du grand tableau. Quant il s’est agi de commander la deuxième toile, sans doute s’est-on souvenu de lui et a-t-on cherché à le contacter. Ce cas de figure n’est pas isolé puisqu’il se présente également pour la commune de Borghetto Santo Spirito (Ligurie). Le peintre y réalise une première œuvre en 1644, puis il est sollicité de nouveau en 1645, 1646 et 1655. Cela démontre que Badaracco savait fidéliser sa clientèle.
On présume que le corpus des onze toiles retrouvées dans l’île était plus important à l’origine. Les Corses ne sont pas très conservateurs et d’innombrables œuvres du XVIIe siècle ont été détruites. C’est particulièrement vrai pour la microrégion du Cap Corse qui a connu une grande prospérité économique au XIXe siècle. L’enrichissement des capcorsins s’est traduit par le remplacement de très nombreux éléments du patrimoine baroque par de nouvelles œuvres. Il est vraisemblable que plusieurs toiles de Badaracco, en mauvais état de conservation, sont parties en fumée à cette époque.
Les onze œuvres répertoriées en Corse ont toutes été peintes pour des édifices religieux (églises, convents, oratoires de confréries, chapelles). On peut supposer que Badaracco a également travaillé pour les demeures de certains notables, réalisant des portraits et des tableaux à sujets profanes ou religieux. La publication de ce catalogue permettra peut-être d’identifier des œuvres oubliées dans quelques greniers ? |