« Depuis plusieurs années, nous interrogeons notre passé à travers les musiques qui nous sont parvenues ; nous avons cherché inlassablement à nous pénétrer d’un monde qui avait disparu mais dont les formes musicales nous laissaient deviner toutes les dimensions humaines.
Gravité, violence, misère, amour, générosités sont présents, souvent à l’état brut ; peu à peu s’est imposée l’idée que la sauvegarde, la ré-acquisition de ce patrimoine passait par des injections fortes d’imagination créative ; qu’il nous fallait oser, bousculer les conventions établies quitte à déplaire à certains tenants de la tradition au formol.
Ce qui s’est imposé à nous, c’est redonner vie en recréant sur le terreau qui nous a été légué. »
Mighela Cesari : chant
Mighele Raffaelli : vihuela de mano, cetara
Irmtraud Hubatschek : violoncelle, violoncello piccolo
Vanessa Cahuzac : violon
Andria Delogu : percussions
Damianu Delgrossi : cetara
Dominique Ottavi : récitant |
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1. Emu spartutu lu mari (3’)
Paroles et musique : M. Raffaelli
M. Cesari, chant – M. Raffaelli, vihuela – V. Cahuzac, violon – A. Delogu, percussions
2. Nana de Sevilla (4’)
Traditionnel andalou recueilli par Federico Garcia Lorca.
Arrangements : V. Cahuzac et M. Raffaelli
M. Cesari, chant – M. Raffaelli, vihuela – V. Cahuzac, violon
3. Lisistrata (9’)
Paroles et musique : M. Raffaelli
M. Cesari, chant – I. Hubatschek, cello
Ce long poème chanté a pour base la tradition méditerranéenne du chant épique inspiré par la résistance des femmes qui décidèrent de se refuser à leurs maris, à leurs amants tant que dureraient les guerres entre Sparte et Athènes ; ce chant est un hymne universel contre la guerre.
4. Romance de Don Boiso (3’50)
Traditionnel andalou recueilli par Federico Garcia Lorca
Arrangements : V. Cahuzac
M. Cesari, chant– V. Cahuzac, violon
5. Homo fugit velut umbra (4’)
Passacaglia della vita
Italien anonyme du xviie siècle.
Arrangements : V. Cahuzac et M. Raffaelli.
M. Cesari, chant – M. Raffaelli, vihuela
D. Delgrossi, cetara – A. Delogu, percussions
6. Era ainda pequenina (4’)
Traditionnel portugais (Alentejo)
Cancionero popular portugues de F. Lopes-Graça
et M. Giacometti, «o Corso que salvou a musica portuguesa»
7. I Setti galeri di Spagna (40’)
Traditionnel, texte Gianbattista Marzolaccio (xviiie s.)
Création, improvisations : I. Hubatschek et M. Raffaelli
D. Ottavi, récitant – M. Cesari, chant
M. Raffaelli, vihuela, cetara – I. Hubatschek, violoncello piccolo
Collaboration linguistique : Ghjermana de Zerbi et Rinatu Coti.
Il s’agit d’une re-création, à partir d’un chant traditionnel, par Mighele Raffaelli (cetera, vihuela ) et Mighela Cesari (chant).
Cette complainte raconte un événement historique : le naufrage, vers 1550, d’une expédition de galères espagnoles commandées par l’amiral génois Andrea Doria. Elles étaient envoyées par l’empereur Charles Quint pour secourir la ville de Bunifaziu, assaillie par les troupes du roi de France, Henri II, sous la conduite de Sampiero Corso. Prises dans une tempête effroyable, les galères se fracassèrent sur les écueils de la Giraglia, à la pointe du Cap Corse.
La relation de ce fait a été écrite par un historien de Bonifaziu, Giovan Battista Marzolacciu au xviiie siècle.
Alors que le drame individuel, les cycles de la vie de la naissance à la mort nourrissent l’expression poétique et musicale de l’île, les faits historiques pourtant nombreux sont extrêmement rares, voire inexistants.
Seul, ce chant épique (xv/xvie siècle) nous est parvenu, sous la forme poétique et musicale de 35 strophes, en vers hétérométriques.
Cinq à six strophes de ce chant ont été chantées et enregistrées à deux reprises, mais pour diverses raisons, les interprètes ont dû renoncer à donner le récit dans sa totalité. La plus grande partie de l’histoire étant tronquée, disparaissait l’esprit des rhapsodes grecs ou albanais, qui récitaient et chantaient des milliers de vers de l’Odyssée d’Homère.
La quasi-intégralité de l’histoire du naufrage est désormais restituée, respectant ainsi la progression dramatique du récit et l’esprit même du chant épique.
L’histoire étant écrite en vieux toscan (même corsisé), nous avons imaginé alors introduire un récitant-interprète disant le texte en français avant ou après les strophes chantées.
Avec I Setti Galeri di Spagna, nous avons, nous semble-t-il, réussi à modifier considérablement la forme établie en bouleversant le rapport voix/instruments ; la forme musicale de la mélodie de ce chant est caractéristique de son époque, et la façon de l’accompagner peut se déduire logiquement par connaissance des conventions et des sonorités instrumentales de cette époque.
Nous avons maintenu la mélodie telle qu’elle nous est parvenue, mais son accompagnement a éclaté en improvisations libres suivant au plus près l’interprétation vocale.
Le résultat est une forme musicale contemporaine, rythmée, mobile, parfois agressive, parfois « planante », liée au récit et à son contenu dramatique.
Le chant demeure intense et semble venir de très loin par opposition au jeu libre des instruments.
Dans ce travail, un rôle important est dévolu aux cordes : vihuela, cetera, violoncelle baroque et violon.
Si des percussions interviennent, elles ne sont pas rythmiques mais « ponctuantes » avec des timbres très différents.
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