Livre magnifique sur le déroulement de la Semaine Sainte en Corse. Suivez les pénitents, les confréries, les processions de Pâques, le catenacciu...
La Semaine sainte est certainement la manifestation de religiosité populaire la plus importante en Corse. Principale date du calendrier liturgique elle concentre aujourd'hui les plus spectaculaires phénomènes de la piété insulaire. Du Jeudi saint au Lundi de Pâques se déroule dans l'île une multitude de rituels canoniques qu'entrecroisent des pratiques prenant leur source dans l'univers profane. Ils révèlent toute la richesse d'une culture vivante dont on se plaît à saluer la reviviscence à travers le renouveau des dizaines de confréries qui officient à cette occasion.
Malgré cela, aucune étude scientifique n'avait jusque là porté sur ces jours de communion populaire autour du message et de la Passion du Christ. La Corse, souvent décrite comme pieuse et passionnée, n'avait attiré l'attention qu'autour des émouvantes processions du Vendredi saint ou du Dimanche de Pâques.
A Settimana Santa in Corsia répare cet oubli en proposant une étude en anthropologie du patrimoine social qui aborde la Semaine sainte comme un phénomène social total, faisant la part belle aux descriptions minutieuses des rituels et des traditions tels qu'ils sont observables actuellement. Tous les aspects d'un événement dont la complexité puise ses sources dans un substrat culturel singulier façonné par les siècles, sont étudiés pour ce qu'ils sont : l'expression particulière d'un continuum entre orthodoxie des pratiques religieuses et vivacité d'une fervente implication populaire séculaire.
Rehaussé par les photographies qui donnent corps au texte, l'ouvrage rend compte des couleurs, des mouvements et des moments qui ont marqué et marquent encore des générations d'insulaires pour lequels la participation aux différentes étapes de la Semaine sainte marque le temps où la religion s'incarne littéralement. Les regards, les attitudes, les objets et les statues façonnés par d'anonymes et pieuses mains, la foule dans sa communion, le pénitent dans son isolement, sont autant d'instants saisi par l'oeil du photographe qui nous éloignent des clichés rebattus et s'harmonisent avec le texte qui ne dit pas autrement - grâce aux arts, jeux, instruments symboliques, cuisine, chants, littérature - que ce qui se joue dans cette manifestation c'est aussi la puissance d'une culture vivante en symbiose avec sa cosmologie religieuse, l'un de ses piliers...
Les auteurs :
Dumenica Verdoni est maître de conférence, enseignant-chercheur. Docteur en anthropologie (domaine "langue et civilisation corses"), elle est aujourd'hui directrice de l'UFR de Lettres, Langues et Sciences huamines de l'Université de Corse. Elle est rédactrice en chef de la revue littéraire du centre culturel universitaire, Bonanova, et directrice des collections Isule Literarie, Calamaii, Verani di i Pueti, Arcubalenu et Quaterni teatrini (coédition CCU/Albiana). Elle a publié de nombreux articles dans des ouvrages collectifs et traduit du portugais Casimoro de Brito (Intensità, Albiana, 2002)
Jean Harixçalde est reporter photographe depuis dix ans. Il a collaboré à de nombreux journeaux, revues et magazines insulaires et continentaux - La Corse Votre Hebdo, Corsica, CB News, Le Point, Libération, L'Humanité, Télérama, Mediterraneans/Méditerraneans, etc. Auteur d'un travail remarqué, publié dans le cadre de l'exposition "Maures et Chrétiens" (Musée de la Corse), il a participé avec le collectif "Tendance floue" à l'ouvrage Noms d'une France (éd. du Rouergue) |
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EXTRAITS
Comment ne pas être fasciné par l'intensité émotionnelle que tisse a Settima santa (la Semaine sainte) dans le fil du devenir d'une communauté ? Expérience globale dans laquelle le groupe établit un champ de forces pour une mise sous tension totale reliant ainsi l'effervescence physique, ferveur religieuse et pouvoir spirituel. Comme le corps de saint Sébastien perclus de flèches, le faisceau de liens que déploie l'Ecce Homo au coeur de la représentation tire l'humain vers l'absolu. (extrait de l'introduction)
Une approche anthropologique des savoirs culinaires en Corse en période de fête peut sans doute permettre une meilleure connaissance des techniques utilisées et des pratiques alimentaires étudiées, en résonance avec un réseau d'interactions culturelles sans lequel toute réflexion échouerait à rendre compte de la complexité du système de transmission y compris religieux. Car ces usages alimentaires ne se limitent pas à de simples recettes de cuisine, ils offrent également au chercheur la possibilité d'observer un ensemble de codes emboîtés les uns dans les autres dont la cohérence s'articule autour essentiellement du corps : sentir, goûter, laver, pétrir, mesurer; couper, autant de gestes précis en étroite relation avec des règles de savoir-faire et un mode de vie. (p218-219)
Le jour de Pâques voit également la préparation des mustacciori, caccavelli, canestra ou campanile. De façon générale, comme nous l'avons déjà signalé, il s'agit d'une couronne briohée sur laquelle sont insérés deux oeufs, dans leurs coquilles, et qui cuiront ainsi avec le gâteau. (p291)
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